Le tour du monde sur un tandem Pino

07) Perou

Pérou : La vidéo

Voilà maintenant 2 semaines que nous sommes arrivés en Polynésie où nous sommes confortablement installés chez les parents de Régine. Nous sommes en pleine saison des pluies qui tombe du coup tous les jours. C’est un peu moins bon pour les sorties à l’extérieur mais le cadre est toujours idyllique 🙂

En tout cas, nous nous reposons bien de toutes nos aventures en Amérique et ça fait du bien d’avoir un peu de confort de temps en temps. Nous allons d’ailleurs sûrement nous engraisser un peu grâce aux bons petits plats de maman.

Voici la vidéo de notre passage au Pérou, l’endroit le plus difficile où nous soyons allés.

Bonnes fêtes à tous. Nous vous embrassons !


Pérou (5ème partie) : 12/09/2012 – 25/09/2012, 493,5km

Pour les photos, suivez le lien : PHOTOS

12/09/12 – 17/09/12 : Cusco (par Grégoire)

Nous voici enfin à Cusco, la perle du Pérou paraît-il. Il s’agit de l’ancienne capitale des Incas. Aujourd’hui, c’est plutôt la capitale chrétienne du Pérou puisque chacun des temples incas qui constellaient jadis la ville a été soigneusement remplacé par une église par les conquistadors espagnols… Je ne suis d’ordinaire pas très fan des églises, mais celles-là, je les boycotte carrément ! Il subsiste tout de même de nombreuses traces de la présence des Incas ici car la majorité des bâtiments reposent sur une structure de pierres, parfois énormes, parfaitement emboîtées au millimètre près. Il s’agit aussi de la capitale touristique du Pérou avec tout ce qui va avec. C’est à dire de très nombreux touristes évidemment, d’innombrables agences de voyages, on se voit proposer des massages environ tous les 10 mètres, des péruviennes se baladent en costume traditionnel avec un agneau dans les bras ou un lama en faisant payer les photos, et les restaurants abondent et sont bien meilleurs que dans le reste du pays ! Jusqu’à présent, nous n’avions pas été très enchantés par la nourriture péruviennes mais ici, on peut goûter à des saveurs nouvelles sans pour autant devoir y perdre un bras. Il y a aussi des restaurants populaires bas-de-gamme mais vraiment très économiques. Par exemple, on peut avoir une grosse soupe, un plat principal et une boisson pour 2,5 soles soit 0,75€.

Nous sommes logés ici à l’hôtel Estrellita que nous avaient recommandé d’autres cyclistes. Il s’agissait d’un repère de cycliste paraît-il. Il se trouve qu’il s’agit effectivement d’une bonne affaire car, pour 15 soles chacun, soit 5€, nous avons droit à une chambre privée, une douche chaude, internet en Wifi et un petit-déjeuner. Nous y rencontrons d’ailleurs pas mal d’autres cyclotouristes et les tenanciers sont aux petits soins avec nous. Bref, nous nous y sentons bien et y prenons notre temps pour continuer notre phase de récupération. En plus, juste à côté de l’hôtel, il y a une petite boulangerie qui n’est rien d’autres que, à nos papilles, la meilleure d’Amérique !

Il y a tout un tas d’activités proposés aux touristes ici dont la visite du fameux Machu Picchu. Les prix d’entrée sur le site et du train pour y aller sont complètement prohibitifs. Et puis le site est littéralement envahi de touristes. Nous avons donc décidé de ne pas y aller. J’en entends déjà certains s’indigner de notre comportement en sachant que beaucoup de personnes font le voyage jusqu’au Pérou presque exclusivement pour visiter le Machu Picchu. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes des cyclotouristes et non des touristes. L’objectif de notre voyage n’est pas la destination mais bien le chemin que nous parcourons.

Ici, par le fait du hasard, nous retrouvons Félix et Karl, les 2 allemands avec qui nous avions roulé pendant 2 semaines au Canada il y a 10 mois de cela ! Quels plaisir de se revoir après tout ce temps. Nous avons plein de choses à nous raconter de nos parcours respectifs. Malheureusement, Karl a fait une mauvaise chute au nord de Lima et s’est cassé l’épaule. Résultat, le voyage s’arrête ici pour lui. Félix va continuer seul jusqu’à Ushuaïa.

18/09/12 : Cusco – Près de Occobamba, 92,5km (par Grégoire)

A l’hôtel, nous avons sympathisé avec Rares (prononcé Rarech), un cyclotouriste roumain qui est parti du Mexique et se dirige lui aussi vers le sud. Nous reprenons donc la route en direction de la Bolivie en sa compagnie. La route descend pas mal pendant quelques dizaines de kilomètres à la sortie de Cusco. Quel plaisir que d’avancer vite sur une belle route asphaltée ! Nous en avions presque oublié la sensation depuis le temps. Nous sommes assez vite rassurés car nos forces sont bien revenues ce qui veut dire que ces deux semaines de repos n’ont pas été vaines. Rapidement, à notre surprise, le trafic se raréfie et nous ne sommes pas trop gênés par les véhicules. Bref, c’est que du bonheur ! Après cette longue descente nous remontons et atteignons de nouveau l’altitude de Cusco avant de monter le camp. Pour une première journée de reprise, nous sommes contents d’avoir fait plus de 90km.

19/09/12 : Près de Occobamba – Aguas Calientes, 79,5km (par Régine)

Nous avons un col à passer, à 90km de là et nous espérons y arriver aujourd’hui. La journée s’annonce belle et riche en kilomètres, sur une route parfaitement lisse et avec encore du vent de dos. Au début la route est comme hier, presque plate jusqu’à la ville de Sicuani à 50km de là, puis la vraie montée commence. Elle n’est tout de même pas évidente, même si bien régulière et nous n’arrivons pas au sommet aujourd’hui, nous nous arrêtons près de sources thermales à 10km du sommet. Il est déjà tard et nous décidons que nous irons prendre un petit bain le lendemain matin.

20/09/12 : Aguas Calientes – Près de Ayaviri, 96km (par Régine)

Le vent s’est levé bien frais ce matin et même si nos corps ont besoin d’un décrassage après ces deux grosses journées de pédalage, nous n’avons plus l’envi de prendre un bain, du coup nous reprenons directement la route. Une petite montée de 10km et nous voilà arrivés au sommet à 4338m d’altitude. Nous faisons nos petites photos souvenirs en savourant d’avance la longue descente qui nous attend et que nous pourrons faire à plus de 10km/h. Ah, quel bonheur tout de même de rouler sur une bonne route goudronnée. Dans notre folle descente, nous n’arrivons même pas à dépasser notre record de vitesse de 76km/h mais nous en rapprochons à 0,5km/h près. Après cette descente nous nous retrouvons sur l’Altiplano et tout redevient plat. Ahhhhh, ça avance tout seul… jusqu’au moment où le vent décide de tourner en notre défaveur et de nous souffler en pleine face sa rage. Sniff, pourquoi tant de haine ? Du coup les derniers kilomètres sont fastidieux et fatiguants. Ne trouvant pas d’endroits à l’abri nous plantons le camp en plein milieu d’une prairie. Le vent est tombé peu après la tombée de la nuit et nous pensions pouvoir profiter tranquillement de la soirée. Mais c’était sans compter sur le froid qui commence à se faire de plus en plus présent. Nous préparons donc rapidement le repas, dînons et nous enfouissons dans nos duvets.

21/09/12 : Près de Ayaviri – Près de Juliaca, 101km (par Régine)

La nuit a été plus froide que prévu, nous ne nous étions pas suffisamment habillés et avons grelotté une bonne partie de la nuit. Du coup c’est un peu fatigués que nous entamons la journée. Heureusement que tout est d’une parfaite platitude, on se croirait dans les plaines canadiennes, les collines en plus. A l’heure du déjeuner, nous arrivons dans la ville de Santa Rosa où nous avons toutes les peines du monde à trouver des gens sympas. Après cela, en fin d’après-midi, nous passons dans la ville de Juliaca, une ville toute en longueur avec des dizaines de stations essence, des routes en travaux partout, un trafic horrible. Après avoir fait quelques courses nous ne voulons qu’une seule chose, sortir de la ville et retrouver les plaines inhabitées. En cette fin d’après-midi, le vent souffle encore contre nous et heureusement pour nous, nous pouvons camper dans une prairie à l’abri d’un bâtiment en ruine.

22/09/12 : Près de Juliaca – Puno, 27,5km (par Régine)
Petite journée de prévue pour aujourd’hui, moins de 30km à parcourir avec seulement une petite montée pour corser les choses. Nous arriverons à Puno pour déjeuner. Au cours de la montée nous avons une première vue sur le lac Titicaca. Bon nous voyons plus d’herbes que d’eau mais c’est tout de même le lac Titicaca. La montée s’avère plus longue que prévue, mais n’est pas insurmontable. Nous arrivons en ville vers midi et il nous faut plus d’une heure pour trouver le bon hôtel. Finalement, le moins cher que nous ayons trouvé se situe en haut d’une colline avec une pente bien raide pour y arriver. Une fois tout rangé dans l’hôtel, nous sommes épuisés et affamés. La douche attendra encore un peu, nous allons manger d’abord. Nous sommes surpris que les rues de Puno sont plus pentues encore que celles de San Francisco. Nous avons failli nous faire écraser par un mini-bus qui voulait forcer le passage dans une ruelle. Greg a donné un grand coup de pied dans la voiture, des paroles malheureuses ont été échangées mais il n’y a pas eu de blessés. C’est toujours un cauchemar de rouler dans une ville.

23/09/12 – 24/09/12 : Puno (par Régine)

Alors que nous pensions partir ce matin du 23 septembre pour les deux derniers jours de pédalage au Pérou, je décide tyranniquement qu’on restera un jour de plus. Et le lendemain, nous décidons d’attendre un jour de plus pour partir en même temps que Rares qui doit attendre son visa. On ne sait pas pourquoi mais les Roumains doivent faire un visa touristique pour entrer en Bolivie alors que les Français ont juste besoin de leur passeport. Heureusement que leur visa est gratuit. Après deux jours de repos nous pourrons une fois de plus enchaîner les journées à plus de 90km.

25/09/12 : Puno – près de Pomata, 97km (par Grégoire)

Nous voilà repartis tous les trois en direction de la Bolivie. Nous longeons maintenant de près la rive du lac Titicaca. Celle-ci descend en pente très douce en coupant d’abord des champs dans lesquels des gens travaillent la terre à la pioche, puis, une petite forêt de joncs aquatiques avant d’apercevoir l’eau du lac proprement dite. Ces fameux joncs sont récoltés et sèchent au soleil un peu partout sur le sol bien étalés en éventails. La route est quasiment horizontale et nous progressons facilement. A un moment, sur la droite, se trouvent des formations rouges similaires à celles que nous avions vues dans le parc Arches des Etats-Unis. Et comme par hasard, nous apercevons alors pas mal de petites arches dans ce paysages magnifique. On dirait que ces formations en forme de longues crêtes sont bien propices à la sculpture naturelle des arches.

Le soir, nous trouvons facilement un petit emplacement plat à l’écart de la route. Nous surplombons le lac Titicaca. La nuit tombe tombe. Commence alors un spectacle extraordinaire. De l’autre côté du lac, plusieurs orages font s’allumer comme des lanternes leurs énormes nuages sous un ciel parfaitement étoilé. Nous n’entendons aucun grondement car ils sont encore bien éloignés. Nous nous endormons alors en espérant qu’ils vont rester sur l’autre rive du lac. Pendant la nuit, je me fais réveiller par des grosses bourrasques de vent et des flashs lumineux. Une des orages a donc traversé le lac. Je prends alors mon courage à deux mains pour sortir de la tente et attacher les quatre autres tendeurs qui n’avaient encore jamais servi et amarrer la tente avec tous les piquets disponibles. La toile est alors secouée dans tous les sens mais le tout tient bon. Heureusement, les éclairs restent éloignés et les 20 secondes qui séparent le flash de la détonation m’indiquent que le danger est encore situé à bien 7km de nous. Finalement, l’orage ne passera pas sur nous et la pluie ne tombera pas. Ouf !


Pérou (4ème partie) : 19/08/2012 – 11/09/2012, 327km

Pour les photos, suivez le lien : PHOTOS

L’itinéraire qui suit n’est pas tout à fait exact car les chemins que nous avons empruntés en vélo n’existent pas tous sur les sites de calculs d’itinéraires.

19/08/12 : Ayacucho (2700m) – Près de Chiara (3500m), 20km (par Grégoire)

Ca y est, nous reprenons la route pour nous lancer vers l’inconnu. Pour commencer, le col Toccto nous attend à 4200m d’altitude. C’est donc une journée de pure montée qui s’annonce. Pour sortir de la ville, notre GPS nous indique une petite route qui évite de descendre avant de remonter et qui rattrape quelques kilomètres plus loin la route principale. Et bien on peut dire que cette petite mise-en-jambes n’était pas de la tarte ! Les gradients sont très importants. Nous sommes obligés de mettre pied à terre plusieurs fois pour reprendre notre souffle. Sur une portion, la piste est recouverte d’une couche de 5cm de poussière incroyablement fine. La pente est trop forte et nous devons mettre pied à terre à nouveau. Nous sommes tels Neil Armstrong et Buzz Aldrin qui marquent pour l’éternité l’empreinte de leurs chaussures dans la poussière lunaire. Nous rejoignons finalement la route principale où nous demandons de l’eau à des personnes en train de diriger un groupe de chevaux. Ces derniers sont très sauvages et courent dans tous les sens. Leurs propriétaires ont bien du mal à les maîtriser. Nous avons eu un peu peur en les voyant débouler à toute allure vers nous.

Nous sommes maintenant sur la route goudronnée qui va nous mener au col. Les pentes sont plus raides que dans le reste du pays et nous peinons un peu. Nous nous arrêtons après 20km de montée dans un charmant petit bois d’eucalyptus. Ce n’est pas commun de dormir entourés d’arbres, car ils sont plutôt rares dans les Andes.

20/08/12 : Près de Chiara (3500m) – 30km avant Cangallo (3600m), 40km (par Grégoire)

Nous en terminons avec ce col à 4200m avant midi. C’est à ce niveau que la route s’ouvre en 2, soit pour poursuivre sur la route principale en direction d’Abancay, soit pour prendre notre itinéraire bis en direction de Cangallo. Nous ne nous dégonflons pas et nous engageons sur cette piste qui est, il faut le dire, la pire de notre voyage. Nous sommes en pleine descente mais n’allons pas plus vite que quand nous sommes en montée (entre 5 et 10km/h). La piste est constituée de pierres saillantes comme les pavés d’antan saupoudrée de poussière à volonté. En plus, il y a un trafic fou. Nous nous faisons repeindre de poussière à chaque passage de véhicule et tentons, tant bien que mal, de faire de l’apnée le temps que le nuage se dissipe. Bref, une horreur ! Tout ceci n’est pas très encourageant pour les quelques centaines de kilomètres suivants… Une fois arrivés en bas de la descente à 3600m d’altitude, la piste s’améliore un peu et nous commençons à prendre un peu de plaisir. En plus, les voitures, mini-bus et autres camions se font beaucoup plus rares. Nous reprenons espoir pour la suite.

21/08/12 : 30km avant Cangallo (3600m) – Cangallo (2550m), 30km (par Grégoire)

Le chemin est toujours aussi agréable. Nous faisons quelques rencontres sympas sur le bord de la route comme ce pépé qui promenait ses 2 chevaux et qui nous indique le chemin à une bifurcation sans panneau ou bien cette dame avec qui nous discutons quelques minutes dans ce petit village. Et puis, comme toutes les bonnes choses ont une fin, le cauchemar fini par recommencer. Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, le cauchemar est incarné ici par une très longue descente. Le rêve de tout cycliste me direz-vous ? Sauf qu’ici, le revêtement est tellement bosselé qu’on ne peut pas dépasser les 5km/h. Nous en faisons même une bonne partie à marcher à côté du vélo. Et puis, à la fin de la descente, nous arrivons à Cangallo. Régine était tellement crispée dans la descente qu’elle est épuisée et veut rester ici. Après un énorme chicharon de truite (2 truites chacun), nous demandons un endroit où camper à la dame du restaurant. C’est finalement la belle-soeur qui va nous proposer de rester chez elle. Pour le reste de l’après-midi, c’est le jeune fils de 10 ans, Santiago, qui va nous prendre en charge en nous faisant visiter le village et en nous emmenant à la rivière. J’y fait d’ailleurs un rapide plouf dans son eau bien froide. Il est tout fier en présentant ses amis français qui font le tour du monde en vélo à toutes ses connaissances du village. Le soir, comme tous les soirs, la maman sort la gazinière sur le trottoir et prépare des picarones, petits beignets en forme de tore, qu’elle vend un peu partout dans le village. Nous accompagnons d’ailleurs Santiago qui fait le tour du village avec son plateau de picarones pour vendre sa cargaison.

22/08/12 : Cangallo (2550m) – Huancapi (3035m), 24km (par Grégoire)

Le chemin qui part de Cangallo longe la grande rivière de manière très sympathique pendant quelques kilomètres. Puis, le choses sérieuses recommencent. Nous quittons la vallée pour nous élever bien haut sur notre droite. La piste n’est vraiment pas très bonne, mais surtout, la pente est très forte, et même trop forte quelques fois. Nous sommes obligés de pousser le vélo dans certaines portions. Nous ressortons même notre harnais qui permet à l’un de nous deux de tirer le vélo comme un mulet. Il était resté au fond de nos sacoches depuis bien longtemps. Dans un virage en épingle, le plus dur car très pentu et garni d’une épaisse couche de poussière, une dame nous interpelle. Elle est bien étonnée par notre histoire, il faut dire qu’ils ne voient pas passer des cyclotouristes tous les jours par ici ! Et puis, grande tradition du Pérou, elle nous offre des feuilles de coca que nous devons recevoir avec les 2 mains et les mâchouillons ensemble en discutant quelques minutes. Nous goûtons également à la poudre constituée de sucre et de cendre qu’on doit prendre avec la coca. Tout ceci est sensé nous donner plein de force pour arriver en haut. Nous nous arrêtons quand même quelques minutes plus tard pour manger un peu. Au moment de repartir, nous nous apercevons que le pneu arrière est crevé. En plus, nous nous faisons littéralement dévorer par les arabis. Bref, le moral n’est pas au plus haut à ce moment là.

Après 24km, nous arrivons enfin au village de Huancapi. A l’entrée, nous discutons avec 2 hommes qui ont l’air de bien connaître les petites routes du coin, chose vraiment rare par ici (un autre nous avait dit que c’était tout plat pour venir jusqu’ici…). Nous sortons alors notre carte et en profitons pour revoir notre itinéraire avec eux. Ils nous convainquent de changer d’itinéraire en ne passant pas par Querobamba, village à la route aux 33 lacets… Merci messieurs, nous prenons bonne note de vos conseils ! Puis, une fois sur la place principale du village, nous avons rapidement un petit attroupement autour de nous. Il faut dire qu’ils ne voient pas souvent de touristes par ici, et encore moins en vélo. Tous ces gens sont vraiment charmants. L’ambiance est très agréable et nous plaisantons beaucoup. La route est vraiment difficile pour venir ici mais il faut dire que nous sommes bien récompensés de nos efforts !

23/08/12 : Huancapi (3035m) – Cayara (3368m), 24,5km (par Régine)

Ce matin, c’est jour de marché ici à Huancapi. Après y avoir fait un petit tour (vente de fruits, légumes, cuy vivants…) et fait quelques courses, nous continuons notre route en comptant bien atteindre Hualla ce soir. La route est toujours très difficile, on commence par une grosse montée, avec un chemin en mauvais état et des pentes très accentuées. Nous n’allons pas vite et nous peinons dans les montées autant que dans les descentes. La journée passe ainsi, laborieusement. Arrivés à Cayara, une vendeuse nous dit que nous n’avons plus beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à Hualla : un col, puis une descente, un nouveau col et on y est. Hahaha, plus facile à dire qu’à faire… Après le premier col, nous nous rendons compte qu’il est déjà tard et décidons de monter le camp, tant pis pour notre objectif, nous arriverons à Hualla demain matin. Nous trouvons un coin bien sympathique, au bord d’une vieille piste pas très empruntée avec au sol un épais tapis d’herbe bien drue, on n’aurait même pas eu besoin de mettre les matelas tellement c’était confortable (clin d’oeil à Katie, Dylan, Ann et Alan qui cherchaient toujours des coins avec de l’herbe pour leur tente). Au cours de la soirée, un couple de paysans passent et nous saluent d’un air un peu sceptique au départ. Qu’est ce que vous faites là ? Nous disent-ils. Mais après avoir un peu raconté notre histoire, Greg les amadouent et ils partent en nous souhaitons une bonne nuit.

24/08/12 : Cayara (3368m) – Hualla (3767m), 13,5km (par Régine)

Encore une journée difficile s’annonce en commençant par la descente et remontée pour arriver à Hualla. Nous arrivons un peu avant l’heure du déjeuner et sommes accueillis sur la place municipale par le maire en personne. Il est heureux de voir des touristes dans son village car, il doit l’avouer, il n’y en a pas beaucoup qui passent dans le coin. Et nous sommes les premiers qu’il voit arriver en vélo. Après un toast et la séance photo, il nous conseille un restaurant pour le déjeuner. En plein milieu du repas, les enfants sortent de l’école (ici les enfants du primaire terminent les classes à 13h) et viennent s’agglutiner devant le vélo en se demandant où sont les « gringos » (terme qui signifie étrangers pour eux). Avec un manque de respect certain, ils se mettent à toucher à tout sur le vélo, en pensant qu’on ne voyait rien, et il y en a même une qui a enlevé le vélo de la béquille et qui commençait à partir avec quand Greg est sorti juste à temps pour l’empêcher de faire. Un peu énervés, nous faisons rapidement le tour de la place pour faire quelques courses, toujours avec la troupe d’enfants collés à nous comme des mouches. Ce qui est étonnant, c’est qu’ils nous suivent sans dire un mot, ils ne nous posent pas de questions, ne nous regardent pas dans les yeux, ne se montrent pas curieux de connaître notre histoire. Juste ils nous suivent partout comme des mouches attirés par l’odeur d’une merde. Quelqu’un nous dit de rester passer la nuit dans l’hôtel municipal mais nous n’en pouvons plus de ces gamins, nous voulons partir au plus vite. Nous entamons donc l’énorme montée qui permet d’aller à Puquio, la ville que nous visons sur la grande route bien goudronnée. Après 4km et 400m de dénivelé montés nous n’en pouvons plus, nous nous arrêtons pour aujourd’hui. Nous continuerons et finirons demain.

25/08/12 : Hualla (3767m) – Près de Challhuamayo (4400m), 30km (par Régine)

Nous nous réveillons ce matin encore fatigués, mais nous avons un col à passer avant la fin de la journée, alors c’est parti. Après un premier kilomètre sur le vélo nous ne pouvons pas continuer, nous sortons la corde et commençons à tirer. Chaque mètre dans cette montée et ces cailloux est un véritable calvaire. Nous nous arrêtons tous les kilomètres ou moins pour reprendre notre souffle. Au bout de quelques kilomètres, après une semaine bien éprouvante, je craque. Je n’en peux plus, le corps et l’esprit dit « STOP, y’en a marre maintenant, pourquoi tant de souffrance pour monter cette saleté de pente ? Plus jamais je ne refais de la piste ! Plus jamais ! ». Il me faut bien une demi-heure pour me remettre et reprendre la montée. Quelques kilomètres avant le sommet, nous rencontrons un groupe de travailleurs qui nous offrent de la coca à mâchouiller pour nous donner des forces pour finir la montée. Et ma foi, c’est bien vrai que nous sentons un petit regain d’énergie avec ces quelques feuilles dans la bouche. Nous arrivons enfin en haut, dans le froid, le brouillard, le vent et la neige mêlée de pluie. Nous sommes heureux, enfin le sommet. Mais nous nous habillons bien vite et entamons la descente. Hélas pour nous, c’était une blague, car la descente s’arrête bien vite et nous voilà obligés de remonter. La pente est très raide et nous sommes encore forcés de pousser. Et ça n’en finit pas de monter. Alors que nous pensions être enfin réellement en haut, nous soufflons un peu, descendons et… remontons… Ca monte, ça descend, ça remonte, et ça redescend. Avec le brouillard, nous ne voyons pas le paysage et avons l’impression de tourner en rond autour de la même colline. Nous la remontons puis arrivés en haut la redescendons etc… C’est une sensation assez désespérante d’autant plus que cela dure et dure. Nous n’avons aucun endroit abrité pour déjeuner alors nous grignotons rapidement des gâteaux avant de repartir. Finalement notre tourment prend fin peu avant la fin du jour, nous arrivons dans la Pampa, le haut plateau. Le temps se découvre un peu et nous arrivons à apercevoir nos premières vigognes. Nous n’avons toujours pas atteint la ville de Challhuamayo qu’on nous avait prédit à 30km de Hualla. Décidément les Péruviens ont une idée assez approximative de ce que représente 1km… Nous nous arrêtons donc exténués au bord de la route pour la nuit. La journée aura été bien difficile, nous avons eu trop faim, trop froid, avons été trop fatigués. Espérons qu’après une bonne nuit de sommeil les corps se seront assez remis pour continuer.

26/08/12 : Près de Challhuamayo (4400m) – Putajasa (3940m), 32km (par Grégoire)

Il a plu et neigé toute la nuit. Quelques plaques blanches ponctuent le paysage. Nous poursuivons notre route pendant quelques kilomètres avant d’arriver au village de Challhuamayo. Ce microscopique village perdu au milieu de la pampa est assez charmant. Nous y sommes accueillis, encore une fois, par des personnes intéressées et étonnées par notre aventure. Il y a un restaurant qui sert de relais routier au combi qui passe ici chaque jour avec son lot de voyageurs. Nous y mangeons donc un plat en leur compagnie. L’un des avantages d’être isolé du monde extérieur, c’est qu’on n’est pas atteint par certaines dérives de la société moderne. Nous avons mangé ici le meilleur poulet que nous ayons eu au Pérou. Ce n’était pas très difficile en fait car le poulet est tout simplement dégueulasse ici. Il s’agit d’un poulet aux hormones (interdit en France) sans aucun goût aucun et qui colle aux dents… Les péruviens en sont très friands, pour preuve les très nombreux camions mal-odorants chargés de volailles qui nous ont doublés sur les routes principales. En ville, on trouve de nombreuses « pollerias » spécialisées dans le poulet à la broche. On n’y remettra plus les pieds ! Le poulet de ce petit village, qui a grandi derrière le restaurant, nous a tellement plu que nous demandons une deuxième portion à emporter que nous réservons pour le repas du soir. Hé, hé !

Nous sommes ici dans la pampa, c’est à dire que nous sommes à plus de 4000m d’altitude et que le terrain est relativement plat. Les paysages ici sont tout simplement époustouflants. Le relief plus clément nous permet d’avancer un peu plus vite que près des vallées. Par contre, nous sommes régulièrement arrêtés par des envies pressantes de faire des photos !

Le prochain village s’appelle Putajasa. Il est indiqué sur notre carte du Pérou, il doit donc s’agir d’une grande ville. Le village est en vue en contre-bas. Dans le prolongement, une vallée naissante a sculpté des cathédrales et autres pitons dans de la roche colorée. La piste se transforme en champ de poussière pour la descente finale. C’est le moment que choisissent les camions d’une mine voisine pour passer et nous asphyxier dans leur sillage.

Au village, nous rencontrons Hector qui nous invite à passer la nuit dans le restaurant de ses parents. Le jour va tomber et nous allons chercher avec lui ses 3 chevaux qui broutent un peu plus loin. Deux d’entre eux ont les pattes avant liées entre elles. Cela les empêche de trop s’éloigner pendant la journée. Ils se déplacent avec difficulté d’une manière grotesque en avançant leurs deux pattes avant de manière simultanée. Où est passé l’élégance naturelle de ces animaux ?

27/08/12 : Putajasa (3940m) – Près de Santa Ana (3273m), 35km (par Grégoire)

La route s’ouvre en deux quelques kilomètres après le village. Les gens sont unanimes, c’est beaucoup plus facile par la gauche. Nous étions plutôt partis pour la droite qui nous promettait moins de dénivelé d’après notre carte mais bon, faisons confiance aux locaux. Nous longeons, de loin, la vallée qui part de Putajasa. Là encore, nous passons près d’étranges sculptures et autres cheminées-de-fée dont nous nous régalons. Et puis, la route décide de plonger vers la vallée. Bizarre, ce n’est pas ce qu’indique notre carte. Nous croisons un berger qui nous dit que c’est dommage pour nous de descendre autant alors qu’il y avait une route qui permettait de contourner. Ah… Bref, dépités, nous perdons notre altitude si durement gagnée et finissons par camper tout en bas de la vallée.

Notre moral à l’air d’être proportionnel à l’altitude à laquelle nous nous trouvons et nous nous couchons un peu énervés contre ses personnes qui nous ont conseillés cette route. En plus, c’est l’anniversaire de Régine aujourd’hui. Nous n’avons pas pu le fêter dignement. Nous remettons ça à dans quelques semaines quand nous aurons enfin rejoint la civilisation.

28/08/12 : Près de Santa Ana (3273m) – Près de Pampamarca (3150m), 18km (par Grégoire)

Ce que nous avions pu voir la veille, c’est que la route remonte bien haut de l’autre côté de la vallée. Ca ne nous paraît pas logique puisque nous sommes sensés nous diriger dans l’autre direction. Nous grimpons donc cette nouvelle grosse côte en sachant que nous replongerons plus tard au fond de la vallée pour grimper à nouveau sur l’autre versant. On a vraiment la sensation de se faire balader par cette route qui n’en a que faire de nous faire monter et descendre sans arrêt. En plus, la route devient ici très mauvaise et nous tirons/poussons le vélo pendant toute l’ascension.

Nous arrivons au village de Pampamarca. Comme beaucoup de village dans le coin, il possède une jolie grande place principale bien carrée. Ce qui nous met un peu mal-à-l’aise ici, c’est que le village est entièrement désert. Pas une âme qui vive. Il y a quand même une porte ouverte sur une boutique dans laquelle nous apercevons une ombre bouger. Nous sommes alors accueillis par Nieves et Apolonio, un couple parfaitement charmants. Nieves nous invite immédiatement à nous asseoir et nous apporte tout de suite une grande assiette de soupe à la citrouille. Une cliente arrive et nous offre une boisson. Nous passons alors l’après-midi à discuter avec Apolonio, très ouvert et admiratif de notre voyage. Cet homme est vraiment touchant car il arrive à cerner vraiment qui nous sommes et le but de notre voyage. Nous ne sommes pas, à ses yeux, les extra-terrestres gringos que nous sommes pour la plupart des gens dans ces petites villages reculés.

Pour la nuit, on nous propose l’auberge du village. Alors que nous venons de rentrer notre vélo à l’intérieur, nous découvrons ce pour quoi nous allons devoir débourser de l’argent. Il s’agit en fait d’un dortoir sur de la terre battue. Nous demandons s’il y a une douche, la dame nous montre un robinet dans le coin de la pièce sans évacuation pour l’eau. Nous demandons où sont les toilettes. Il n’y en a tout simplement pas, il faut aller dans le champ… Bon, tout compte fait, nous allons aller un peu plus loin planter notre tente et trouver plus de confort, et tout ça gratuitement.

29/08/12 : Près de Pampamarca (3150m) – Avant Aucara (3900m), 20km (par Régine)

Après la descente vers Luren, au niveau de la rivière (3010m), nous entamons la montée de 900m, que nous espérons la dernière avant d’atteindre le goudron. Arrivés au village au-dessus de Luren, Greg se sent tout faible. Il dévore les quelques chocolats que nous avions achetés plus bas, mais ce n’est pas suffisant. La seule boutique du coin ne propose vraiment pas grand chose, et surtout pas de chocolat… Nous nous décidons donc quand même à poursuivre notre route, mais avant, il nous faut trouver du fromage pour le déjeuner. On nous indique une maison où on en vend, mais il n’y a personne, ils sont partis sortir les vaches. Du coup, dépités nous enfourchons notre vélo et commençons à partir quand quelqu’un nous hèle et nous dit que la dame qui traverse le parc vend du fromage. En passant elle nous offre une énorme tasse de lait au café avec des petits pains. Après ce deuxième petit-déjeuner, Greg se sent mieux et nous reprenons la montée plus sereinement. Nous sommes heureux de constater que la piste n’est pas si mauvaise de ce côté de la rivière et que la pente n’étant pas trop prononcée, nous pouvons faire la plus grande partie de la montée sur le vélo, nous ne poussons/tirons que sur de courtes portions. Proches du col, nous apercevons notre premier couple de condors qui profitent du vent ascendant pour planer très haut au-dessus de nos têtes. Arrivés au sommet, nous nous rendons compte qu’il nous faut redescendre au village près du lac bien plus bas avant de remonter sur le plateau. Oh non, ça n’en finira donc jamais ?!

30/08/12 : Avant Aucara (3900m) – Aucara (3240m), 12km (par Régine)

Ce matin Greg se réveille malade, il est très fatigué et a mal au ventre. Son état est encore une fois dû à l’accumulation de la fatigue de ces derniers jours. Nous décidons donc de rester où nous sommes afin qu’il se repose. Demain nous descendrons au village et verrons si nous poursuivons ou nous reposons un jour de plus. Mais c’était sans compter sur le vent qui ne voulait pas qu’on reste. Il n’a pas arrêter de tourner en envoyant des herbes et poussière partout dans la tente. Greg va un peu mieux dans l’après-midi et nous décidons donc de descendre aujourd’hui même au village où nous irons à l’hôtel, ce sera beaucoup mieux pour se reposer. Aïe aïe aïe, quelle descente terrible, toujours une mauvaise piste, bien pentue où nous ne pouvons pas aller vite. Greg commence à en avoir marre car son mal de ventre supporte de moins en moins les chocs causés par les cailloux sur lesquels on roule. La descente devient interminable pour lui. Heureusement il tient le coup et nous arrivons au village d’Aucara sans encombres. Sur la place du village, on nous indique un hôtel mais personne ne répond. Du coup j’abandonne Greg, tout affaibli, sur un banc de la place le temps de retrouver le tenancier de l’hôtel. Nous pouvons finalement nous installer dans notre chambre à 15 soles (4,50€) et nous reposer.

31/08/12 au 02/09/12 : Aucara (3240m) (par Grégoire)

Nous restons finalement 3 jours ici car mon état n’est toujours pas très brillant. Pour ne pas aider, un morceau de mouton ne passe pas et me cloue sur les toilettes pendant une bonne matinée… Il est vraiment temps qu’on sorte de ce guêpier.

03/09/12 : Aucara (3240m) – Près de Andamarca (3705m), 26km (par Grégoire)

La forme est revenue ce matin. Nous en avons bien besoin car une grosse montée nous attend. Je suis toujours attelé devant le vélo avec la sangle car la pente est encore une fois trop forte. Nous parvenons au col à 3700m. S’en suit une grande descente qui nous fait redescendre presque tout ce que nous venons de monter jusqu’à la ville de Andamarca. Nous qui pensions qu’il s’agissait de notre dernière grosse montée, nous voyons que cette route réserve toujours des surprises…

A Andamarca, nous demandons notre chemin à un homme et une femme. Cette dernière nous supplie de prendre une voiture pour poursuivre car une montée monumentale nous attend. Nous lui répondons que non, nous allons grimper à la force de nos jambes. Elle ne comprend pas pourquoi nous nous infligeons tant de souffrances. L’homme lui explique que c’est une tradition en France que de faire des choses comme ça.

A la sortie de la ville, nous nous engageons dans une vallée encaissée. Le paysage est extraordinaire car les flancs de montagnes sont entièrement couverts de terrasses de cultures. On se croirait en Asie avec ses rizières en terrasses. Les très jolis murets, en parfait état, sont faits de pierres intelligemment emboîtées. Cette architecture, que nous n’avons pas l’habitude de voir au Pérou, est en fait l’œuvre des Incas. Ces terrasses n’ont pas cessé d’être utilisées et entretenues depuis leur époque.

La route n’en finit pas de monter. Alors que nous avons regagné tout le dénivelé fraîchement descendu, nous plantons la tente au bord d’un marais couvert d’une étrange plante flottante rouge. Je suis épuisé et nous nous endormons aux sons étranges de nos nombreux voisins aquatiques.

04/09/12 : Près de Andamarca – Puquio (par Grégoire)

Pendant la nuit, la fièvre me reprend et je ne dors presque pas. Impossible pour moi de remonter sur le vélo ce matin. Le Pérou est officiellement vainqueur par KO et nous nous résolvons à prendre un moyen motorisé pour rejoindre la civilisation. Nous nous plantons alors au bord de la route en attendant le prochain véhicule pour faire du stop. Bien 2 heures plus tard, un gros vieux bus arrive enfin. Il est d’accord pour nous prendre et nous emmener jusqu’à Puquio. Nous chargeons nos bagages dans la soute mais le vélo ne peut pas y rentrer. Il faut donc le mettre sur le toit. Pas facile de le hisser tout là-haut. Un gars se charge de l’y amarrer. Nous ne voyons pas ce qu’il fait et nous devons lui faire confiance.

Nous voilà installés dans le bus qui redémarre. On pourrait croire que le cauchemar est enfin terminé mais non, voyager dans ce bus est au moins aussi fatiguant que de pédaler. Nous roulons sur cette route hérissée de pierres saillantes dans un bus qui semble dépourvu de suspension. Nous passons 2 heures secoués comme dans un shaker à respirer de la poussière. Je suis même obligé de contracter mes abdominaux pour que mes viscères ne soient pas trop agitées. Nous sommes bien inquiets pour notre vélo qui est toujours, on l’espère, au dessus de nos têtes. Dans quel état allons-nous le retrouver ?

La route n’en finit pas de monter et nous sommes quand même soulagés de ne pas avoir à faire ça sur le vélo. Sur le côté, nous voyons 4 ou 5 condors en train de se régaler autour d’une charogne. Puis, de grands lacs apparaissent. Enfin, c’est une drôle de bande noire que nous pensions avoir oubliée qui coupe notre chemin. Oui, il s’agit de la route goudronnée !!! Nous l’avons rêvée et espérée si souvent. Dommage que nous l’atteignons en bus… Tout d’un coup, les vibrations disparaissent presque et nous pouvons enfin nous relâcher un peu alors que le bus descend jusqu’à la ville de Puquio.

Nous arrivons. Par un dernier effort pour moi, j’aide à descendre le vélo du toit du bus. Première bonne nouvelle, il est toujours là. Deuxième bonne nouvelle, par je ne sais quel miracle, il n’y a pas la moindre égratignure à déplorer. Notre bien-aimé Dieu du vélo a su veiller sur lui pendant ce difficile moment.

J’ai toujours de la fièvre et les forces m’abandonnent complètement. Je reste alors assis sur le trottoir avec nos affaires pendant que Régine part en exploration dans la ville pour y dénicher un bon hôtel où nous allons rester une semaine entière juste pour nous reposer. Elle revient enfin en ayant déniché le plus bel hôtel de la ville, l’hôtel Coralia. Nous avons une chambre toute neuve avec une grande baie vitrée qui donne sur la place principale de la ville. Nous payons 40 soles par jour (soit 13€). C’est beaucoup plus cher que ce que nous avons payé auparavant mais nous avons vraiment besoin de confort maintenant.

Je peux enfin m’étendre sur le lit et commencer à évacuer la fatigue accumulée lors des deux intenses dernières semaines.

05/09/12 au 11/09/12 : Puquio (par Régine)

Comme vous vous en doutez, cette semaine de repos n’a pas été très riche en aventures, et c’est exactement ce que nous recherchions. Notre temps se partageait entre dormir, manger au restaurant (notre restaurant préféré est « La Estancia » qui font des menus pas cher et savoureux), regarder des films, lire… bref se reposer tout simplement. La belle vie quoi ! Greg n’a commencé à vraiment se remettre qu’un jour ou deux avant notre départ de Puquio. Et pour se reposer davantage et avancer plus vite, nous décidons de prendre une nouvelle fois le bus pour Cusco.

Les bus partent quotidiennement à 5h le matin ou 21h. Nous décidons de prendre le bus de nuit pour arriver le lendemain matin à destination, et oui il y a plus de 10h de trajet entre Puquio et Cusco. Une fois de plus, prendre le bus au Pérou n’est pas une partie de plaisir. Le jour du départ nous allons acheter nos billets et achetons les dernières places disponibles, pour 75 soles chacun (25€) pour le bus prévu la nuit même à 21h30. Nous laissons le vélo et toutes nos affaires à l’hôtel pour flâner tranquillement dans la ville avant le départ. Nous arrivons avec de l’avance à l’arrêt de bus et bien entendu le bus a du retard (1h de retard). Je dois monter dans le bus dès qu’il arrive pour réserver nos places pendant que Greg aide et surveille le chargement de nos affaires dans le bus. Le chauffeur étant une grosse brute commence par mettre la remorque très lourde au-dessus du vélo en déséquilibre avant que Greg l’en empêche comme il le peut. Finalement je ne sais pas comment ils s’en sont sortis, mais le vélo n’a pas eu de poids sur lui. Quant à nos places dans le bus, il ne restait que deux places disponibles tout au fond du bus, donc les places dont les sièges ne s’abaissent pas. Nous n’allions pas passer une nuit très confortable dans ce vieux bus sans suspension où nous arrivons à peine à respirer tant l’air est étouffante. Dès le début nous ne nous sentons pas très bien, malgré la route goudronnée, nous sommes ballottés dans tous les sens, le bus faisant un saut chaque fois qu’il roule sur une petite imperfection de la route, il fait trop chaud, les sièges ne sont pas confortables, nous sommes serrés les uns sur les autres (le voisin de Greg débordait allègrement sur sa place). Nous essayons de dormir tant bien que mal, mais y arrivons plutôt mal que bien, et arrivons plus de 11h après à Cusco, encore plus épuisés que si nous avions fait une grosse journée de vélo. En parlant du vélo, il est arrivé avec quelques bobos, mais rien de bien méchant, c’est juste la remorque qui s’est un peu tordue. Nous comptons passer quelques jours à Cusco avant de reprendre la route, bien reposés et bien engraissés car il paraît qu’on mange bien ici.


Pérou (3ème partie) : 30/07/2012 – 18/08/2012, 399km

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30/07/12 – 07/08/12 : Huancayo (par Régine)

Nous pensions rester deux jours à Huancayo et finalement nous sommes forcés de rester plus d’une semaine à cause de ma diarrhée persistante. Après plusieurs visites au Centre de santé, la prise d’antibiotiques qui n’ont servis à rien et des analyses, la diarrhée a fini par partir toute seule. Les analyses n’ont rien données non plus. Les médecins pensent que c’était soit le changement de climat et l’altitude, soit un virus. Nous ne saurons jamais. Quoi qu’il en soit, je m’en suis remise et le voyage peut continuer.

Pendant que j’étais agonisante dans mon lit à regarder les jeux olympiques, Greg s’est occupé comme il a pu, en allant souvent au cyber-café pour mettre à jour le blog, préparer les itinéraires pour la suite du voyage… Nous avons également apportés de nouveaux changements sur le vélo. Nous avons soudé des pattes à la béquille centrale de sorte qu’elle ne s’enfonce plus même en terrain sablonneux, et nous avons relevé un peu le porte-bagages arrière pour permettre un plus grand angle de manœuvre verticale pour la remorque.

Ce qui est bien au Pérou c’est que nous mangeons pour moins de 10 soles (3€) à nous deux. Nous découvrons les glaces péruviennes, délicieuses et vraiment pas chères et surtout les viennoiseries d’une boutique près de l’hôtel. Un jour, alors que nous entrons déjeuner dans un de ces restaurants pas cher, nous faisons la rencontre d’un policier du coin. Très gentil il nous paie notre repas et nous invite à petit-déjeuner le lendemain matin. Il nous invite également à dormir chez lui mais nous déclinons l’offre étant donné que nous avions déjà payé notre chambre d’hôtel pour la nuit qui nous restait. Après le petit-déjeuner, il nous amène faire un tour dans la ville et nous montre sa maison. Au retour, un petit arrêt dans un restaurant où nous mangeons du « cuy » (prononcez « couille », si si !), qui n’est autre que le cochon d’inde de notre enfance, très savoureux mais plutôt gras.

08/08/12 : Huancayo – Pampa Cruz, 25,5km (par Régine)

Ca y est, nous reprenons la route aujourd’hui. Greg est toujours essoufflé à cause de l’altitude mais nous arrivons tout de même à rouler. Après être sortis de la ville, nous commençons notre ascension vers le prochain col. Au cours de la montée, nous nous arrêtons déjeuner et quelle surprise en voyant un trio de cyclistes passer. Ils s’arrêtent et nous commençons à discuter et un autre groupe de cyclistes allant dans l’autre sens passe. Décidément c’est le jour des rencontres. Nous nous retrouvons donc à 7 cyclistes à papoter tranquillement au bord de la route. Au bout d’une bonne heure chacun repart de son côté pendant que nous reprenons notre déjeuner. Dans la ville suivante, Pampa Cruz, nous retrouvons le trio de cyclistes, Arthur (un Français), Jorge (un Espagnol) et Jaime (Equatorien) qui s’étaient arrêtés déjeuner à un restaurant. Comme il commençait déjà à se faire tard, nous décidons de rester là pour la nuit. Nous pouvons rester dans la salle commune du village mais il faut trouver d’abord la clé. Et la chasse au trésor commence. La clé est avec le président du village qui habite dans la maison blanche après le tournant, mais hélas il n’est pas encore rentré du travail, du coup nous demandons à une voisine qui nous dit que lorsque son mari rentrera il pourra venir nous ouvrir. En passant elle nous invite à la fête de Santiago le lendemain et nous offre plein de patates pour le repas du soir. Nous allons donc nous poster devant la salle commune en attendant que la clé vienne à nous. Nous papotons un moment avec les villageois qui récoltaient les patates près de la salle commune. La nuit tombe et personne ne vient nous ouvrir. Finalement, alors que nous étions sur le point de monter notre tente, Jorge arrive avec le responsable des clés. Nous pouvons nous mettre à l’abri et dîner de bonnes patates avec de la sauce Huancaina et de la salade.

09/08/12 : Pampa Cruz (par Régine)

Nous ne pouvions pas rater une telle occasion, c’est la première fois qu’on nous invite à une fête privée. Nous restons donc tous les cinq à Pampa Cruz pour participer à l’événement. La fête de Santiago est une fête familiale qui célèbre les animaux qui travaillent toute l’année en leur mettant un ruban autour du cou. La famille et les voisins se regroupent pour une journée de danse principalement et d’ingurgitation de bière. La fête commence par un petit-déjeuner (une soupe de porc avec des carottes et des patates). Le groupe de musiciens se met ensuite en place et la danse commence. C’est très facile, tout le monde se met en cercle et piétine le sol au rythme de la musique.  Puis c’est le tour de la bière, on se passe les bouteilles de bière et chacun en boit plus ou moins avant de la passer à son voisin. Les femmes sont habillées avec une petite jupe bouffante, un gilet blanc et un chapeau et les hommes portent une écharpe colorée et un chapeau. J’ai même eu droit à ma petite jupe et mon chapeau. Après ce petit rituel, nous dansons tous jusqu’au cimetière où c’est reparti de plus belle, danse et bière. Là tout le monde est joyeux, on monte sur les tombes, on s’assoit dessus, on danse dessus, pas de problème. Après le cimetière nous dansons jusqu’à une autre maison où ça recommence, danse et bière. Les gens commencent à être bien imbibés, surtout Jaime, le cycliste Equatorien. Nous dansons de nouveaux vers une autre maison où nous nous arrêtons un instant pour déjeuner, attacher les rubans au cou des taureaux et danser et boire. Là tout bascule, Jaime commence à se montrer désagréable avec Jorge, il bouscule les gens et gâche un peu la fête. Plus tard dans la soirée, Greg et moi le ramenons à la salle commune car il commençait à vraiment être insupportable, et nous ne voulions pas qu’il reste pour ruiner la fête. Là il ne veut pas rester pour se reposer et fait des siennes car il veut voir Arthur et Jorge. Du coup, après s’être occupé de lui pendant plus de deux heures, énervés, nous décidons de l’ignorer et de retourner à la fête, mais il nous suit partout. Arrivés à la fête il n’y a plus personne, ils ont encore changé de maison et nous ne savons pas laquelle. Nous retournons donc dépités à la salle commune, toujours avec Jaime sur les talons. Comme nous continuons à l’ignorer, il s’effondre sur un banc et s’endort, enfin… Nous sommes un peu déçus par cette fin de soirée, mais la fête a été très chouette, nous avons dansé toute la journée et rencontré des gens formidables. Nous n’oublierons pas les habitants de Pampa Cruz qui sont tous adorables et qui nous ont accueillis avec autant d’amitié et de gentillesse.

10/08/12 : Pampa Cruz – près de Izcuchaca, 53km (par Régine)

Nous décollons tard ce matin, car après la fête d’hier une bonne nuit de repos s’imposait. Nous disons au-revoir à nos amis cyclistes qui prennent une autre route et à nos amis Péruviens qui souhaitent qu’on revienne les voir. Il nous reste 10 km avant le sommet à 3900m d’altitude suivi d’une belle descente de plusieurs dizaines de kilomètres pour retrouver la rivière Mantaro que nous suivions depuis la Oroya. Les paysages sont vraiment sympathiques ici, les collines sont tel un patchwork avec ses carrés de cultures de différentes couleurs. A Izcuchaca (2885m d’altitude), la descente se termine et c’est reparti pour la montée, encore. Nous nous arrêtons un peu plus loin au-dessus d’une fabrique de plâtre où nous campons pour cette nuit. Greg est tout déboussolé en regardant le ciel, il ne reconnaît pas les étoiles qu’il voit au-dessus de sa tête ! De plus la Voie Lactée est très nettement visible et a une grande tâche noire au milieu. Et oui, nous sommes dans l’hémisphère sud maintenant !

11/08/12 : Près de Izcuchaca – Dans une prairie, 49km (par Grégoire)

Nous poursuivons notre ascension en direction de Huancavelica pendant quelques centaines de mètres de dénivelé quand la route redescend bien bas pour passer une vallée. L’ascension reprend alors de plus belle. En route, nous passons par le village de Huando qui est bien animé par son marché. Nous y dégustons une glace artisanale goût chewing-gum vraiment pas mauvaise. Nous avons vite un petit attroupement de gens autour de nous, impressionnés par notre vélo, qui nous posent toutes sortes de questions. On repart ravis de ce petit village et un petit garçon va même nous pousser dans la montée en courant derrière notre vélo jusqu’à ne plus avoir de souffle !

Toujours plus haut, nous passons dans un autre tout petit village où un petit garçon mime en grand coup de pied dans notre remorque alors que nous passons à sa hauteur. Un autre nous demande de lui donner de l’argent et une vieille dame nous demande de lui donner notre peluche porte-bonheur. C’est fou comme l’ambiance peut changer d’un village à un autre. Il est l’heure de nous arrêter pour la nuit mais nous poursuivons plus loin pour nous éloigner de ce lieu plein de mauvaises ondes. Ce n’est pas facile de trouver un coin pour la tente ici car tout est en pente. Nous découvrons finalement un petit coin relativement horizontale dans une prairie en contre-bas de la route. Dur dur pour y descendre le vélo, et surtout pour le remonter !

12/08/12 : Dans une prairie – Près de Huancavelica (4000m), 38km (par Grégoire)

Nous avons passé ici notre première nuit au-dessus des 4000m d’altitude. La température est alors négative au petit matin. Nous n’avons pas de givre sur la tente car l’air est extrêmement sec ici. Pour preuve nos lèvres et la peau de nos doigts sont tout craquelés. Nous poursuivons notre ascension à travers des paysages de prairies segmentées de murets en pierres sèches, par endroits de grands pitons rocheux nous rappellent les parcs du sud-ouest américain. Puis arrive une grande descente. Là, un panneau nous informe que la route traverse une faille géologique. Et effectivement, la route est complètement défoncée sur une centaine de mètres. Nous pouvons voir les plaques de bétons du fossé qui ont un décalage d’un bon mètre entre-elles. En observant le paysage, nous pouvons voir que le terrain est tout déformé sur une longue ligne qui descend la montagne. La route va traverser plusieurs fois cette faille pendant la grande descente, et à chaque fois, c’est la séance de 4×4. Nous arrivons au niveau du ruisseau 500m de dénivelé plus bas. Ruisseau que nous allons maintenant longer en le remontant pendant un bon moment. Quelques kilomètres plus haut, nous atteignons enfin Huancavelica, la ville principale de la région. Pas si grande que ça mais avec beaucoup de charme. Les maisons sont plus riches ici et de nombreuses églises coloniales émaillent la ville. Alors que nous faisons nos emplettes à une petite boutique, un attroupement de gens commence à se former autour du vélo, peut-être une trentaine de personnes. C’est impressionnant et je ne me sens pas très à l’aise au milieu de tout ce monde même si l’ambiance reste sympa. Après avoir bien garni nos sacoches et notre estomac, nous repartons pour notre ascension, en direction du col Chonta, situé à 4853m, soit un peu plus haut que notre premier gros col après Lima. La petite route se transforme vite en une charmante petite piste avec d’impressionnants à-pics qui plongent tout droit dans la rivière depuis le bord du chemin.

13/08/12 : Près de Huancavelica – 7km avant le col Chonta (4600m), 31km (par Grégoire)

La route est un peu difficile en démarrant car il y a de nombreux camions qui soulèvent des nuages de poussière. Nous comprenons vite leur présence car il viennent de déverser de la terre sur une portion de la route. Du coup, ce n’est pas facile de nous frayer un chemin dans cette terre molle. Nous mettons plusieurs fois pied à terre. Puis, une fois cette portion chaotique passée, le chemin est beaucoup plus agréable, avec beaucoup moins de circulation (un véhicule toutes les 5 minutes en moyenne). Nous passons à côté de notre premier troupeau d’alpagas. Ils sont vraiment mignons avec leurs boucles d’oreilles fluo. Les paysages deviennent de plus en plus extraordinaires. Les montagnes qui nous entourent sont toutes différentes. L’une est formée de falaises basaltiques, l’autre de sable jaune, une autre encore de terre rouge, une autre est couverte de neige. Des petits lacs parsèment les prairies. Nos 6 km/h de progression ne nous laissent pas le temps de nous ennuyer. La piste est bien roulante et ne nous secoue pas trop. Je suis étonné de ne pas être plus essoufflé. Nous sommes à plus de 4000m d’altitude et je ne ressens qu’une gène minime comparée à ce que nous endurions auparavant. Il y a 2 semaines, alors que nous grimpions le col Anticona à la même altitude, nous étions en train de cracher nos poumons. C’est fou comme le corps humain arrive à s’adapter !

L’air est très froid, en témoignent les flaques d’eau gelée que nous voyons un peu partout. Et pourtant, nous n’avons pas froid en t-shirt sous le soleil. En route, un berger nous interpelle pour nous inviter chez lui pour un repas. Nous refusons car nous voulons poursuivre encore un peu notre route aujourd’hui mais sommes touchés par l’invitation. La route devient moins roulante ici et nous ne pouvons pas prendre de vitesse car les cailloux nous font sauter dans tous les sens.

Un peu plus loin, c’est un décors tout droit sortie d’un conte ou d’un jeu vidéo qui nous pousse à y planter la tente pour la nuit, sans avoir passé le col, notre objectif d’aujourd’hui. De petits monticules verts semblent flotter sur une eau turquoise. Le glou glou de l’eau, les poissons qui sautent. Au loin, les alpagas broutent sur un fond de montagnes aux couleurs ocres. Nous sautons d’îlot en îlot comme dans un jeu vidéo. Je crois bien que c’est le coin de bivouac le plus magique que nous ayons trouvé jusqu’ici.

14/08/12 : 7km avant le col Chonta – Collpapampa (4300m), 44km (par Grégoire)

Il a fait bien froid cette nuit, -10 degrés ! La tente est couverte de givre car nous avons dormi juste au bord du petit ruisseau. Nous sommes bons pour une bonne séance de dégivrage sous les premiers rayons du soleil. Nous avons sauvé nos gourdes d’eau en les mettant dans la chambre de la tente pour la nuit pour avoir de l’eau liquide au petit matin. Nous faisons de même avec nos fruits et tout ce qui ne doit pas geler. Il ne nous reste que 7 kilomètres avant le col d’après l’agent de signalisation de la route que nous croisons. La piste monte franchement et régulièrement et nous atteignons le col sans trop de difficulté. La-haut, nous découvrons un superbe panorama de lacs sur l’autre versant. La route s’ouvre en 2 et l’une des branches poursuit plus haut encore jusqu’au col Huayrajasa à 5059m d’altitude, ce qui en ferait la route carrossable la plus haute du monde… Nous choisissons plutôt la descente ! A partir de maintenant, Mesdames et Messieurs, le spectacle commence ! Nous passons à travers des panoramas tous plus incroyables les uns que les autres. Des lacs aux couleurs surprenantes, des montagnes multicolores, des alpagas paisibles, des villages abandonnés, des fermes piscicoles, des monts enneigés, des gros rongeurs qui surgissent d’entre les rochers. Nos petits yeux écarquillés n’en finissent pas de s’émerveiller. A partir de maintenant, quand on nous demandera quelle partie de notre voyage on a préférée, nous ne répondrons plus « Avenue of the Giants » en Californie, cette route à travers les arbres géants Redwoods, mais nous répondrons la route après le col Chonta !

Le spectacle se termine en arrivant à Santa Inés où la route reprend une allure plus « normale ».

15/08/12 : Collpapampa – 13km avant le col Apacheta (4300m), 43km (par Grégoire)

Cette nuit à encore été très fraîche et le thermomètre indique encore -10 degrés ce matin. Heureusement, pour la première fois, j’ai dormi avec mon pantalon ainsi que ma doudoune dans le sac de couchage. Je n’ai alors pas eu froid du tout. Merci canards et oies de nous prêter votre duvet qui nous protège si bien du froid !

Nous poursuivons notre descente jusqu’à atteindre la route 24A qui relie Pisco à Ayacucho. Le revêtement est fraîchement refait et, à notre grande surprise, il n’y a que très peu de circulation. La route se remet à monter pour atteindre le col Apacheta situé à 4746m, nous sommes alors à 3800m. La surprise du chef, une belle descente de 400m de dénivelé pendant la montée, de quoi nous rajouter pas mal de difficulté pour ce col.

Nous commençons à fatiguer de cette montée. Lors de la traversée d’un village, la route devient très raide et finit de nous achever pour la journée. Nous pensons alors arriver au col. Il n’en est en fait rien, le géomètre qui travaille sur la route nous annonce qu’il nous reste 10km avant le sommet (nous verrons ensuite qu’il en restait en fait 13). Nous qui pensions passer le col aujourd’hui, c’est encore raté. Nous retenons que les cols sont toujours plus éloignés que ce qu’on s’imagine. Nous nous arrêtons remplir notre outre dans un petit ruisseau qui traverse la route. Nous trouvons finalement le coin pas mal pour y planter la tente. Nous montons alors le camp bien à l’écart de la route dans la prairie. Nous ne voyons pas la route mais seulement 2 charmantes petites fermes d’adobe encerclées de murets de pierres sèches. Les bergers rentrent leurs bêtes, alpagas et moutons, juste avant la nuit.

16/08/12 : 13km avant le col Apacheta – 8 de Diciembre (3800m), 84km (par Grégoire)

Nous voici bien décidés ce matin à en finir avec ce col qui nous donne plus de mal que prévu. Nous démontons le camp et commençons à pousser notre vélo en remontant la prairie pour rejoindre la route. Mais à 4300m d’altitude, une simple formalité comme celle-ci se transforme vite en un calvaire. Nous y perdons tous les 2 notre souffle et, une fois la route atteinte, nous attendons un bon quart d’heure avant de le retrouver. Nous pouvons alors remonter sur notre vélo. Nous y sommes décidément bien plus à l’aise qu’avec les 2 pieds au sol et nous gravissons les 13km qui nous séparent du sommet sans trop de difficulté. Nous sommes quand même les plus heureux du monde en apercevant le panneau qui indique « Abra Apacheta – 4746msnm ».

La suite nous promet une descente jouissive et interminable jusqu’à Ayacucho, à 2700m d’altitude. Nous interrompons notre folle dégringolade en faisant halte dans un mini restaurant pour y prendre notre déjeuner. Là, 2 policiers prennent leur repas également. Ils nous disent que jusqu’à Ayacucho, il nous reste 80km de descente seulement ponctuée par une petite montée de 3 ou 4km. Chouette, nous allons pouvoir atteindre la ville ce soir. Je me vois déjà sous ma douche chaude et dans mon bon lit douillet. Arrive la fameuse montée, et là, une fois les 4km annoncés gravis, la fin ne s’annonce toujours pas. Nous guettons la cheminement de la route après avoir passé chaque virage pour y découvrir, avec stupeur, qu’elle n’en finit pas de grimper ! Les kilomètres s’égrainent un à un, le soleil menace de se coucher, et nous montons toujours… Nous finissons, avec beaucoup de difficultés, par trouver un coin pour planter la tente juste avant la nuit après 14km de montée. Décidément, on dirait que ce policier est un sacré farceur !

17/08/12 – 18/08/12 : 8 de Diciembre – Ayacucho (2700m), 30km (par Grégoire)

Nous reprenons notre montée là où nous l’avions laissée hier. Et c’est seulement après encore 4km que nous atteignons le sommet à 3900m, soit 18km de montée en tout. Il ne nous reste alors plus qu’une grande, et véritable !, glissade jusqu’à la grande ville de Ayacucho.

Nous y dénichons rapidement un petit hôtel où nous prenons chacun une longue douche en frottant bien bien. Et oui, après 4 jours sans aucun lavage, il y a du boulot ! Habituellement, nous arrivons à faire une petite toilette complète dans la tente avec une casserole d’eau chaude. Mais ces derniers jours, soit nous étions trop fatigués, soit il faisait trop froid pour la faire.

Nous passons l’après-midi à flâner dans les rues de cette charmante ville pour laquelle nous avons un coup-de-cœur. Le contre-coup de ces derniers jours intenses se fait alors bien sentir et nous sommes pris d’une fatigue intense, surtout moi. J’ai aussi tout le temps faim et je passe mon temps à manger. On dirait que les batteries sont à plat et qu’elles ont besoin d’être rechargées. Nous allons donc rester la journée de demain ici aussi avant de nous élancer dans notre prochaine épopée.

Notre prochaine ville-étape est Cusco. Mais pour y aller, la route entre Ayacucho et Abancay est réputée extrêmement difficile et ennuyeuse. Il s’agit d’une piste qui n’arrête pas de monter très haut et descendre très bas. La plupart des cyclotouristes qui sont passés par là et dont nous avons pu lire le blog ont renoncé en prenant un bus pour la passer. Nous ne voulons pas nous y lancer en étant sûrs d’aller au casse-pipe. Nous avons donc déniché un itinéraire bis à l’aide de notre carte papier et autres Google Maps et Bing Maps. Il passe plus au sud par Cangallo en empruntant des petites pistes isolées pour rejoindre la grande route Nazca-Cusco. Une belle aventure s’annonce mais peut-être encore plus difficile que la route principale. En tout cas, nous allons tenter l’expérience. S’il s’avère que c’est au-dessus de nos moyens, il sera toujours temps de faire du stop pour rejoindre des routes plus clémentes.


Pérou (2ème partie) : 23/07/2012 – 29/07/2012, 311km

Pour voir les photos, suivez le lien : PHOTOS

23/07/12 : Lima – Chosica, 48km (par Régine)

Hier soir, alors que nous visionnions les vidéos de danse de Christian, ma fausse dent a décidé de tomber… Alala, on dirait qu’on aura du mal à quitter Lima et reprendre la route. Mais heureusement qu’il y a des dentistes à tous les coins de rues ici. Ce matin Christian nous amènent chez son dentiste qui me recolle la dent en moins de 10 minutes, et le tout pour seulement 30 soles (soit 9€), du travail rapide, efficace et pas cher. Ce contretemps ne nous aura fait perdre qu’une heure sur notre départ et nous voilà lancés, enfin sur la route. Plus d’un mois et demi que nous espérions ce moment. Christian nous accompagne un bout de route jusqu’au centre de Lima, et nous l’en remercions grandement car le trafic est horrible ici. Ca klaxonne à tout bout de champ, ca double n’importe comment, à droite ou à gauche qu’importe, là où ça passe. Du coup sur notre vélo nous ne nous sentons pas vraiment en sécurité et trouvons cette reprise un peu stressante. Au centre ville, nous quittons Christian et continuons sur cette terrible route. Notre objectif de la journée est de quitter l’agglomération de Lima qui se termine vers Chosica à près de 50km de là. Quel bonheur de rouler à nouveau, et c’est bien que pour cette première journée la montée ne soit pas trop prononcée. Nous cherchons un endroit où camper un peu avant Chosica mais tous les clubs où il est marqué qu’on peut camper ne permettent pas de camper ou sont fermés. Nous arrivons donc à Chosica (à 850m d’altitude) où nous cherchons un hôtel pour la nuit. Nous passons plusieurs hôtels mais ils sont tous situés à l’étage avec un escalier super étroit qui ne permet pas d’y monter le vélo. Du coup nous continuons notre route et trouvons finalement un hôtel 3 étoiles avec un escalier bien large. Pour 9€ nous avons une chambre vaste où nous pouvons mettre le vélo et toutes nos affaires et de l’eau chaude. Après une bonne douche bien chaude nous sortons manger au « Chifa » du coin (restaurant moitié chinois moitié péruvien très répandu au Pérou) où on nous sert un énorme plat de nouilles sautées et un énorme plat de riz cantonais (appelé chaufa ici) mélangé avec des nouilles et une cruche de « chicha morada » (boisson à base de maïs violet, citron, sucre). Pour moins de 5€ à nous deux, nous nous explosons la panse et avons même du reste pour le petit-déjeuner.

24/07/12 : Chosica – avant Matucana, 32km (par Régine)

Nous nous levons ce matin avec les chants des coqs et l’animation d’une école toute proche de l’hôtel. Nous sommes étonnés de ne pas avoir mal aux jambes, après tout ce temps sans pédaler nous pensions que nous allions souffrir… Nous voilà donc prêts à gravir les montagnes mais la journée s’avère difficile, même si nous longeons la rivière Rimac tout du long, les pentes sont plus raides qu’hier, les kilomètres ne défilent pas vite et chaque fois qu’on regarde le compteur on se désespère. Mais on avance tout même, ça prendra le temps qu’il faudra mais on arrivera en haut. De nombreux camions et bus empruntent cette route et nous doublent plutôt prudemment pour la plupart, mais non sans avoir klaxonné au préalable pour s’assurer que nous sommes conscients de leur présence et que nous n’allons pas faire d’écart à leur approche. Mais beaucoup nous klaxonnent aussi pour nous faire coucou et nous encourager (surtout ceux qui viennent d’en face). Au détour d’un lacet, nous nous arrêtons pour une pause et finalement nous trouvons que le coin est plutôt idéal pour camper. La pause marquera donc la fin de notre journée de pédalage, nous sommes à 1912m d’altitude (altitude du Mont Ventoux). Quel plaisir de camper à nouveau, ça ne nous était pas arrivé depuis le début du Guatemala. Mais nous découvrons une nouvelle espèce de nuisance ici, après les moustiques nous sommes dévorés vivants par des « sandfly » ou « arabis » en français, des espèces de petites mouches qui te pompent le sang. Et c’est pire que les moustiques, ça démange et en plus ça fait mal. Vivement qu’on monte plus en altitude où il n’y aura plus ce genre de bébêtes. Une fois le vélo descendu au campement, Greg, chargé des gourdes vides, du filtre à eau et du seau, s’en va à la rivière faire le plein d’eau. Après une petite douche froide dans la tente, nous goûtons le thé de coca que nous avons acheté la veille. C’est plutôt fade mais ça va nous aider à lutter contre le mal d’altitude. Nous en avons un petit stock pour affronter les 4800m d’altitude à venir. Le dîner terminé nous allons nous coucher de bonne heure. Malheureusement la nuit ne sera pas très bonne, Greg a du mal à s’endormir, sûrement à cause du thé de coca, et moi, je n’arrête pas de m’endormir et me réveiller tout le temps. De plus comme nous ne sommes pas très loin en contrebas de la route, nous avons le bruit du trafic pendant toute la nuit. C’est peut-être parce que nous ne sommes plus habitués à coucher sous la tente que nous ne dormons plus bien ! Ca ira mieux demain !

25/07/12 : Avant Matucana – avant San Mateo, 20km (par Régine)

Ce matin, nous prenons une route secondaire pour aller à Matucana. Ah, pas de camions, pas de bus, pas de voitures, nous sommes tous seuls sur cette piste, quel calme enchanteur. Nous sommes rassurés pour la suite, le vélo arrive bien à monter même sur de la piste. Sur le chemin, nous longeons un ruisseau et nous arrêtons pour refaire le plein d’eau. Le coin est vraiment chouette, nous regrettons de ne pas avoir continué plus loin hier car ici il y a des coins pour camper partout et loin de la route. Il fait très beau, et pas trop chaud, le temps idéal pour pédaler. Malheureusement, après une montée bien raide, nous ne prenons pas le bon embranchement et nous retrouvons sur la route principale. Mais bon il ne reste plus beaucoup de kilomètres jusqu’à Matucana alors ce n’est pas grave. A Matucana, nous sommes très bien accueillis. Les gens sont très gentils et nous hésitons à rester ici aujourd’hui, d’autant plus qu’il y a plein de petites randonnées sympathiques à faire. Mais nous n’avons fait que 10km et voulons en faire 10 de plus avant de nous arrêter alors nous continuons après avoir déjeuné (truite grillée pour Greg et ceviche (poisson cru mariné dans du jus de citron, oignons crus et piment) de truite pour moi), visité un peu la ville et avoir fait un tour au marché. Après 10km, nous trouvons un coin près de la rivière où nous sommes assez bien cachés. Bon nous sommes toujours tout près de la route mais avec des boules quies ça devrait aller. Nous sommes à 2684m d’altitude et commençons à sentir qu’il fait plus froid, ce soir les duvet seront sûrement utilisé en mode momie et non couverture. Au menu ce soir, quinoa aux légumes sautés et fromage des Andes.

26/07/12 : Avant San Mateo – Après Chiclas, 26km (par Régine)

La journée commence mal, nous arrivons rapidement à un tunnel que nous tentons dans un premier temps de contourner par l’ancienne route. Mais au milieu du chemin, il y a un éboulement récent, ce qui nous fait faire demi-tour et nous oblige à prendre le tunnel. Au milieu du tunnel complètement sombre, toute une meute de véhicules arrive et ils se mettent à nous doubler à fond la caisse. Heureusement qu’en face il n’y a eu que deux voitures qui sont passées. J’ai eu bien peur ! Malheureusement pour moi nous devrons encore passer quatre autres tunnels avant la fin de la journée, mais pour ceux là ça se passe mieux.

Pour compenser ces petites frayeurs, nous voyageons dans un paysage magnifique composé de gorges profondes. A 5km/h les kilomètres ne défilent pas vite et nous avons tout le loisir d’observer ce qui nous entoure. Il est amusant de voir le train qui nous suit, se frayant un chemin dans la falaise comme dans une maquette. Tout le long de la route nous voyons des mines. Ce soir là, épuisés, nous montons le camp assez loin au-dessus de la route, au milieu des eucalyptus. Nous commençons à sentir les effets de l’altitude, nous sommes à 3850m d’altitude. Chaque effort nous coûte et nous sommes essoufflés. Il nous a bien fallu une bonne heure pour monter le vélo au campement, monter la tente et rentrer les affaires. Greg a aussi commencé à avoir mal à la tête, mais un peu de thé de coca et ça va mieux. Cette nuit là nous dormons plutôt bien.

27/07/12 : Après Chiclas – La Oroya, 61km (par Régine)

Aujourd’hui est le grand jour, nous allons enfin atteindre la passe à 4818m d’altitude. Mais elle est à 22km de notre départ et chaque kilomètre sera un vrai calvaire. Il nous faut plus de 4h pour y arriver et de nombreuses pauses. Ce n’est pas tant la montée qui est difficile mais l’altitude. Nous manquons d’air, Greg a de plus en plus mal à la tête, j’ai la poitrine qui me fait mal, comme si un alien voulait en sortir. Mais courageusement nous continuons notre ascension, nous ne voulons pas abandonner maintenant, ce serait trop dommage. Coup de pédale après coup de pédale, kilomètre après kilomètre le sommet approche, doucement mais sûrement. Après chaque pause il est de plus en plus dur de reprendre, mais la motivation est là, nous allons y arriver. Il nous arrive de maudire cette passe qui est plus loin que ce qu’on pensait mais nous nous encourageons, personne ne lâche. Et enfin la voilà, nous y sommes ! 4818m, col Anticona !

Hélas, nous n’avons même pas le temps de profiter une seconde du moment qu’un vendeur ambulant à peine nous voyait-il arriver près du somment qu’il se jette sur nous en courant pour nous vendre ses bonbons. Nous n’en voulons pas de ses bonbons, nous sommes épuisés par cette longue montée et nous voulons juste profiter un peu de notre victoire. Mais il ne nous laisse pas de repos, et le seul moyen de le faire partir est de l’ignorer. Nous nous habillons très vite de nos vêtements chauds car la neige commence à tomber et le vent froid souffle fort ici. Nous prenons notre photo souvenir en vitesse et entamons la descente vers La Oroya à 40km de là. A ce moment précis, alors que nous passons un groupe de vendeurs ambulants qui essayent de nous arrêter pour nous faire acheter leurs cochonneries, l’un d’eux se jette sur la remorque en prenant appui sur le porte bidon. Nous manquons de peu de nous fracasser sur le goudron. Nous nous arrêtons et heureusement le porte bidon n’est pas cassé, juste un peu tordu, mais il y aurait pu y avoir de la casse, surtout pour la remorque. Nous sommes surpris que le fautif continue à tourner autour du vélo, tout sourire, comme si de rien était. Greg, fatigué, commence à s’énerver, le bousculer, lui dire de s’en aller, mais il ne bouge pas, continue à rire et veut absolument s’approcher du vélo. Nous pensons qu’il était un peu handicapé mental. Nous partons donc prudemment et entamons notre descente.

Une longue descente de 40km dans la neige et le froid, à essayer de ne pas mourir sous les roues d’un camion ou une voiture qui double sans visibilité en face. Nous arrivons frigorifiés à La Oroya et prenons un hôtel avec douche chaude pour nous remettre d’aplomb. Après une merveilleuse douche brûlante, nous sortons manger pour 9 soles à nous deux (soit moins de 3€) et nous couchons bienheureux sous les 5 couvertures de la chambre d’hôtel. La journée a été longue, difficile et chargée d’émotions, et nous sommes heureux d’avoir réussi !

28/07/12: La Oroya – près de Jauja, 67km (par Régine)

Après une nuit bien bruyante, nous quittons la ville tard dans la journée, il est presque midi lorsque nous commençons à pédaler. Les paysages de ce côté sont bien différents. On se croirait revenus dans les parcs américains. Nous descendons la rivière Mantaro entourés de ses magnifiques montagnes aux couleurs dignes de l’Artist Palet de la Vallée de la mort. Cette journée est notre récompense pour la journée d’hier. La route est facile, nous avons un accotement pour rouler, il y a moins de camion, il fait beau, un peu frais mais agréable, les gens sont souriants et aimables, tout est parfait, nous sommes au comble du bonheur. En fin de journée, le ciel se fait plus menaçant, et nous cherchons d’urgence un coin pour nous poser pour la nuit. Une vraie course contre la montre, nous entendons déjà les grondements du tonnerre tout proche. Avec notre chance légendaire, nous trouvons un coin parfait près d’un pont du train, non loin de la rivière, et nous montons la tente juste à temps avant la pluie. Ouf quel timing !

29/07/12 : Près de Jauja – Huancayo, 57,5km (par Régine)

Ce matin là Greg se réveille avec un mal de ventre. Il n’est pas très en forme. Nous manquons toujours d’oxygène même si nous ne sommes plus qu’à 3400m d’altitude, ce qui n’arrange pas les choses pour Greg. Heureusement que nous avons moins de 60km à faire en légère descente pour arriver à Huancayo où nous pensons rester un jour pour nous reposer. Après avoir passer la jonction avec Jauja, le paysage change une fois de plus, c’est plat et il y a des champs. C’est assez étonnant de voir le paysage changer si radicalement en si peu de kilomètres. Ici, il y a plus de population, des gens partout, toujours souriants. Avec notre accotement pour rouler nous craignons moins les voitures, mais sommes toujours surpris par la conduite des Péruviens et nous étonnons qu’il n’y ait pas plus d’accidents. Nous arrivons à Huancayo pour l’heure du déjeuner et nous arrêtons à une « Polleria » pour manger du poulet/frites, qui pourrait être le plat national vu comme les Péruviens raffolent du poulet et des patates. Après cela, l’objectif est de trouver un hôtel pour notre séjour ici. Le premier chez qui nous nous informons nous donne un tarif plus élevé que ce que nous avons jamais vu, mais il s’explique en disant que comme nous sommes en week-end de fête nationale, le gouvernement leur demande d’augmenter les prix. Du coup nous allons voir ailleurs et tombons sur un petit hôtel sympathique pas très cher. Ce soir nous voulons manger du Cuy, le fameux cochon d’inde qu’il faut absolument goûter au Pérou. Mais un dimanche soir, en week-end de fête nationale, mis à part les « Chifa », tous les restaurants sont fermés. Nous sommes donc bien obligés de dîner dans un chifa. Hélas pour nous, nous en sortons écœurés car tout était trop gras et vraiment pas bon. A ne pas refaire. Cette nuit là je me lève plusieurs fois à cause d’une diarrhée, on ne sait pas causée par quoi, eau ou chifa ?


Pérou (1ère partie) – Lima : 16/07/2012 – 22/07/2012

Pour les photos de Lima, cliquez sur le lien : PHOTOS LIMA

04/07/12 au 16/07/12 : Los sitios (San José) (par Grégoire)

Nous sommes encore au Costa Rica. L’avant-veille avant de prendre l’avion, nous allons une dernière fois à la poste demander, sans grande conviction, si notre colis est arrivé. Et bien oui ! Il est là !!! Il lui aura fallu tout de même 2 mois pour arriver à destination, mais il est arrivé ! Nous sommes bien contents car il contient pas mal de choses importantes pour la suite du voyage : de bonnes cartes des pays d’Amérique du Sud et surtout de nouveaux arceaux pour notre tente. Nous allons pouvoir affronter les nuits polaires des hauts plateaux andins plus sereinement.

Arrive le jour du départ, nous faisons nos adieux à Elizabeth et sa famille. Merci mille fois de nous avoir accueillis chez toi pendant plus d’un mois ! Dans notre malheur, notre bonne étoile a su tout de même te mettre sur notre chemin. Nous prenons un taxi direction l’aéroport. Nous partons 4 heures avant le décollage de l’avion et, pour un fois, tout est allé plus vite que prévu. Nous arrivons donc 3 heures en avance dans la salle d’embarquement… En plus, à l’enregistrement des bagages, nous n’avons pas payé le supplément pour la taille du carton de notre vélo. Nous avons par contre payé les 50$ de sur-poids mais nous dépassions allègrement la limite !

Au revoir Costa Rica. Nous n’avons pas pu t’apprécier à ta juste valeur. Nous reviendrons peut-être un jour avec plus de moyens.

Les photos de nos derniers jours au Costa Rica sont dans le même album que précédemment : PHOTOS COSTA RICA

16/07/12 au 22/07/12 : Lima (Pérou) (par Grégoire), 20km

Notre avion atterrit à l’aéroport de Lima. Première impression, tout est gris : le ciel et le sol. Tout est couvert de poussière grise. Il faut dire qu’il ne pleut presque jamais ici mais que l’air y est très humide. Pendant l’hiver australe (en ce moment), on ne voit que rarement le soleil. A la sortie de l’aéroport, deuxième impression, ça pue ! Explication : l’aéroport est entouré de zones industrielles.

Nous sautons dans un taxi avec tous nos bagages – il n’ont rien perdu cette fois là :). La conduite ici est un peu stressante et nous slalomons continuellement d’une voie à une autre. Il faut dire que les péruviens sont particulièrement réputés pour leur conduite dangereuse. Le chauffeur ne connaît pas l’adresse que nous lui donnons. C’est donc nous qui le guidons avec notre GPS. Nous arrivons chez Christian, rencontré sur le site Warmshowers. Il habite dans la maison familiale avec ses parents et son frère. Encore une fois, nous sommes accueillis bras ouverts et passerons une super semaine au sein de la famille.

Nous avons fait envoyé ici notre nouvelle roue contenant le nouveau boîtier de Rohloff. Envoyé par Fedex (au prix de 250€ de notre poche) et arrivé à Lima 5 jours plus tard. Malheureusement, le colis est resté coincé à la douane plusieurs jours le temps de fournir des précisions sur son contenu. En attendant, il a bien failli être ré-expédié en Allemagne, ce qui nous aurait vraiment beaucoup énervé ! Finalement, le colis a été livré ici le lendemain de notre arrivée. Et nous n’avons pas payé de taxe d’importation comme le craignait Rohloff.

Nous employons donc une bonne partie de la semaine pour remettre notre vélo en état de rouler. Ceci comprend une ouverture du moyeu Rohloff pour en changer le boîtier, opération délicate et un peu stressante il faut le dire. Mais on s’en est bien sortis ! Restait à remonter le vélo, trouver de nouvelles chaînes, changer la roulette de changement de vitesse, et trouver des chambres à air à petites valves. Plus quelques autres petites modifications et réglages. Nous avons également fait subir une nouvelle cure d’amincissement à nos bagages pour gagner encore quelques kilos pour affronter les Andes dans de meilleures conditions.

Notre vélo est maintenant complètement révisé et prêt à rouler. Nous allons le tester avec le club de Jeremia, le tenancier du magasin de vélo où nous sommes allés. Nous allons avec toute la bande à la zone archéologique El Paraiso, entourée de collines escarpées au décors lunaire. Il s’agit de leur terrain de jeu pour passer les descentes les plus raides sur leurs VTT. J’ai droit également à ma petite descente technique en utilisant un vélo d’emprunt.

Demain, c’est le grand jour car nous allons enfin reprendre la route après un mois et demi de repos forcé. Et pour la reprise, nous allons nous attaquer à pas moins que la plus grande côte de tout notre voyage (et de loin). Nous allons donc partir de Lima, au niveau de la mer, et foncer droit dans les Andes pour atteindre, 140km plus loin, le col d’El Tatio à 4818m d’altitude.